Historique des Bougainvillées


Cannes au XVIII ème siècle – Le Pasteur David Espenett

Au début du XIXème siècle, Cannes n’est encore qu’un petit port de pêche, rien de plus qu’un village ne s’étendant pas au-delà de la colline du Suquet. La Croisette alors et le quartier de la rue d’Antibes n’existaient pas, à leur emplacement ne se trouvaient que des terrains vagues dépourvus de constructions. En 1834, un noble anglais, Lord Henry Brougham en route pour l’Italie avec sa fille, s’y arrête par hasard. Il dîne dans une auberge de l’actuelle Rue du Port, et tombe sous le charme de ce paisible village méditerranéen. Il décide de s’y faire construire une résidence, et, deux ans plus tard, toute la noblesse londonienne se presse à Cannes pour l’inauguration de la somptueuse demeure. Voilà le petit port lancé, en route pour devenir une ville aristocratique, lieu de villégiature privilégié de la noblesse anglaise puis russe.

On construit, le village devient ville, de nouveaux quartiers apparaissent. Des villas,des châteaux sortent de terre. Bientôt, la ville est reliée à Paris grâce aux Chemins de Fer.Les nouveaux résidents de Cannes ont apporté avec eux leur religion, et des lieux de culte anglophones protestants voient le jour : anglicans, méthodistes, évangéliques. Des ministres du culte anglo-saxons exercent dans la ville, et parmi eux, le pasteur David ESPENETT qui fut pasteur de deux Églises de Cannes, la Chapelle du Riou. et la Nouvelle Église Réformée (ancienne Chapelle du Port).

La Villa Soleil à La Bocca – La Villa Jaunin, route de Grasse
En 1867, le pasteur David ESPENETT fonde une maison de santé : L’ASILE ÉVANGÉLIQUE DE CANNES qui deviendra au XXème siècle LA MAISON ÉVANGÉLIQUE DE RETRAITE LES BOUGAINVILLÉES. L’Asile est tout d’abord installé dans la Villa Soleil à La Bocca, quartier que l’on surnommait alors le quartier des Anglais.
Ensuite, en 1873, le pasteur ESPENETT achète à Madame veuve Jaunin, une maison située sur la route de Grasse, pour y installer l’Asile Évangélique dans un lieu plus central. C’est l’emplacement actuel de la Maison Évangélique de Retraite Les Bougainvillées.

En 1880, une Société Civile est créée, composée à ce moment-là de cinq membres, dont le pasteur Espenett. Ce dernier s’est beaucoup investi dans le projet visant à la constitution de cette société civile, faisant divers appels pour trouver des sociétaires, élaborant les statuts, et voyageant à Paris pour son enregistrement.
Cette société confie l’administration de l’Asile à un Conseil composé de dix membres nommés pour six ans. Les membres du Conseil représentent les différentes nationalités et diverses Églises protestantes qui contribuent au soutien de l’Asile. Chaque année le Conseil publie un rapport sur la marche générale et la situation financière de l’Œuvre, et le présente à une réunion publique des amis de l’Asile.
Le Conseil est assisté par un Comité auxiliaire de Dames composé de sept membres actifs. Il a pour mission d’apporter aide et conseil à la Direction, de visiter les malades de l’Asile, de surveiller l’état matériel de la maison, et de faire connaître au Conseil son avis sur les admissions et sorties. Ce Comité ne peut cependant pas intervenir dans les questions d’ordre intérieur. Le Comité des Dames se réunit au moins une fois par an avec le Conseil. Par ailleurs, l’Asile est placé sous les soins d’un Directeur (ou d’une Directrice) nommé par le Conseil d’Administration.

Une lettre de 1880 du Pasteur Espenett – Les Diaconesses de Paris
Durant tout le reste de sa vie, le pasteur Espenett veille au bon fonctionnement de l’Asile Evangélique de Cannes, s’employant de son mieux à récolter des fonds pour faire vivre cette institution Après son décès en 1886, le Conseil d’Administration fait appel aux Diaconesses de Paris, institution protestante qui formait des sœurs capables de dispenser des soins médicaux et de prendre en charge l’économie domestique d’une maison de soins. Elles furent ensuite assistées d’infirmières diplômées. L’équipe médicale était constituée de trois médecins, un quatrième vient aider occasionnellement lorsque nécessaire.

1881 –  Construction de l’Annexe – 1883 – Surélévation du bâtiment principal 1890 – Les deux corps de bâtiment sont réunis.
Parallèlement, le bâtiment initial de la villa se transforme, c’est tout d’abord une annexe qui s’y ajoute en 1881, puis, en 1883, le corps initial est surélevé. En 1890, les deux bâtiments sont réunis et une véranda est construite.
En 1894 un pavillon d’Isolement est bâti pour recevoir les malades contagieux selon les normes d’hygiène les plus modernes de l’époque.

1895 – Les nouvelles cuisines – 1890 – La véranda -1904 – L’équipe soignante sur la véranda
Entre la fondation de l’Asile en 1867 et la fin de la saison 1900, soit durant trente-trois hivers, la Maison reçut 2.570 malades, ce qui représente un total de 141.795 jours de traitement. Il y avait un service pour les hommes et un pour les femmes.
En 1908, la Société Civile de 1880 est dissoute et remplacée par une association basée sur la loi de 1901 : l’Association de l’Asile Évangélique. Ce changement de constitution ne modifie en rien les principes et la marche de l’œuvre.
On imagine la vie au cours de ces longs hivers sous le doux climat méditerranéen, l’activité continuelle aux cuisines et dans les étages, les conversations un rien mondaines pendant les repas et les heures de repos. Les divertissements aussi, dont tous avaient grand besoin pour oublier un instant les maux qui les avaient amenés là, et, entre autres divertissements, les parties de croquet dans le jardin. L’on peut presque entendre le bruissement de robes des dames au long des couloirs, et le son de la canne des messieurs sur les dalles. On se saluait courtoisement, s’enquérant de la santé de l’autre. Des amitiés se nouaient, des amours aussi peut-être, tandis que les diaconesses, efficaces et pressées, montaient quatre à quatre les étages, tenant habilement leurs plateaux de soins. Dans le Pavillon d’Isolement, on passait le temps en jouant aux cartes,
aux dés, aux dominos. Contagieux ou non, les malades attendaient impatiemment le courrier. Les lettres de leur famille donnaient l’assurance qu’ils n’étaient pas oubliés, que la saison terminée ils retrouveraient la chaleur d’un foyer. La lecture du journal en ce tournant de siècle nourrissait les conversations. L’exposition universelle de Paris en 1889 et l’inauguration de la Tour Eiffel avaient fait grand bruit, de même, plus tard, que l’affaire Dreyfus. On discutait également de la vie dans les colonies britanniques et de la résistance de la Somalie, de la guerre des Boers en Afrique du Sud, de la mort de la reine Victoria. Et bien sûr, la naissance de l’Empire Allemand ne cessait d’inquiéter.

Le bâtiment en 1910 – Le docteur Lalou en 1910
Le bâtiment est surélevé en 1910. Le nombre de patients allant en augmentant. L’Asile prenait de l’ampleur et ce lieu important de la ville ne passait pas inaperçu. Les choses avaient bien changé depuis la Villa Jaunin de 1873.
Le Docteur Lalou demeurait tout près, rue des Vallergues. Il visitait régulièrement les malades de l’Asile Évangélique lors de la saison.
Jusqu’alors, le fonctionnement financier de la Maison avait été assuré par des dons, mais cela devenait insuffisant. C’est pourquoi, en 1908, l’Asile Évangélique de Cannes devint une Association Loi 1901à but non lucratif. En 1911, l’Association fut reconnue d’utilité publique par le Conseil d’État. Charité, soutien, soins, ne cessaient de donner à l’Asile Évangélique ses lettres de noblesse.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’Asile Évangélique de Cannes accueille soldats et officiers blessés. On y pratiquait même des opérations sur les blessés. Une jeune apprentie de l’Asile raconte son travail difficile à cette époque: « J’ai connu des moments pénibles et les pires à supporter étaient durant les opérations : je montais des cuisines des récipients d’eau bouillante et pleurais en entendant les opérés hurler leur douleur. Je pris la vie au sérieux et m’imaginais avec la Croix Rouge sur les champs de bataille ! J’appris à travailler dur, à faire les lits, les pansements, les piqures et à compatir avec les souffrants. Le service « tuberculose » comptait surtout des enfants, la plupart atteint de tuberculose des membres. » Comme si les ravages de la guerre ne suffisaient pas, la grippe espagnole vint encore aggraver les problèmes de santé.

1925 – 1938
Après la guerre de 14-18 l’Asile Évangélique reprit ses activités régulières. Les malades étaient de nouveau accueillis pendant l’hiver, saison après saison durant ces années que l’on disait folles, mais qui pour les malades de l’Asile n’étaient que des années de soin.
Puis, en septembre 1939, la folie véritable montra de nouveau son triste visage.
En mai 1940, l’Allemagne nazie envahit la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Dès le mois de juin, des centaines de réfugiés affluent dans les Alpes-Maritimes, fuyant devant l’avancée des armées ennemies. L’Asile Évangélique de Cannes va alors en recueillir autant que faire se peut. L’Asile accueille en outre des soldats permissionnaires français et tchèques et reste ouvert pendant l’été pour ne pas mettre à la rue ses pensionnaires d’un genre nouveau.
Dans les années de guerre qui suivent, la maison poursuit son office d’accueil. Les réfugiés viennent de Paris, de Menton, d’Alsace, de la zone occupée et de la zone interdite. Les diaconesses réussissent à « tenir » malgré les difficultés de ravitaillement. Outre les réfugiés, l’Asile continue de recevoir des malades, des convalescents. S’y ajoutent des personnes âgées et isolées, majoritairement de la ville même. Le rapport du Conseil d’Administration de 1944 mentionne même dans la liste des pensionnaires « des personnes traquées par la sinistre Gestapo.» Pendant cette période, plusieurs accouchements ont lieu dans la Maison, ce qui représente une branche toute nouvelle des activités de l’Asile.
A la fin de la guerre, les réfugiés prennent le chemin du retour vers leurs foyers, mais il reste dans la Maison des personnes âgées dont les conditions de vie matérielles sont devenues précaires en raison des bouleversements économiques entraînés par la
guerre. Dès 1944 le Conseil d’Administration lance l’idée d’une « Maison de Retraite Protestante » auprès des amis et soutiens de l’Asile Évangélique.
En 1946, l’Asile Évangélique retrouve sa physionomie d’avant-guerre quant au type d’accueil et au nombre de journées d’occupation. En ce qui concerne le personnel également. La sœur directrice a regroupé autour d’elle des jeunes filles mennonites en provenance d’Alsace dont la seule présence donne à toute la maison une atmosphère de paix et de joie. L’Asile d’ailleurs à cette époque est très redevable aux assemblées mennonites (une branche du protestantisme). Les Mennonites américains envoient d’importants stocks alimentaires, dont « plusieurs sacs de belle farine blanche » qui assurent la fabrication du pain pendant l’année 1946-47. Les Quakers (une autre branche du protestantisme) fournissent également la maison en lait, chocolat et miel.
Durant cette période de l’après-guerre les pensionnaires de l’Asile Évangélique de Cannes sont principalement des protestants de Cannes, des assurés sociaux des caisses de Paris et de la SNCF, des missionnaires et des pasteurs. Parmi eux, le pasteur ARBOUSSET assure une forme d’aumônerie dans la maison. Parallèlement aux activités d’avant-guerre, le service maternité se poursuit. Mais l’idée d’orienter l’Asile vers une Maison de Retraite protestante continue de faire son chemin dans l’esprit des membres du Conseil d’Administration.
Fin 1949, l’Asile signe une convention avec la Caisse Régionale de Sécurité Sociale. D’après cette convention, l’Asile Évangélique est ouvert, en tant qu’établissement de convalescence, aux assurés sociaux du sexe féminin ayant besoin de repos dans la région. L’Asile devient donc à cette époque une maison de repos pour dames. Si une grande partie des pensionnaires est française, des personnes de nombreuses autres nationalités sont également accueillies.
Vers 1962, une autre maison de repos pour dames ayant vu le jour à proximité, le Conseil d’Administration va pouvoir réaliser un projet qui germait depuis la guerre, et oriente l’Asile Évangélique vers l’accueil des personnes âgées. Il faut dire que cela s’avérait être une véritable nécessité, car il n’existait alors dans la ville de Cannes qu’une seule maison de retraite, rue Saint Dizier.
En 1964, la transformation est effective. Les statuts de l’Association sont modifiés et l’Asile Évangélique fait place à la MAISON ÉVANGÉLIQUE DE RETRAITE LES BOUGAINVILLÉES. Elle s’est ouverte le 1 er Octobre 1965 dans le bâtiment de l’époque qui comprenait 33 chambres individuelles et 11 chambres à deux lits.

1973 – Démolition de l’ancien bâtiment
Il s’avère rapidement que les locaux de la maison sont insuffisants. En 1971 un accord est signé entre l’Association et l’Office des HLM pour la construction de bâtiments neufs et fonctionnels. L’Association loue son terrain à l’Office H.L.M. par bail emphytéotique de 65 ans et l’Office loue à l’Association les bâtiments construits sur ce même terrain par un bail, de durées successives de 12 ans, pour une période de 45 ans,
moyennant un loyer modique correspondant au remboursement des emprunts et charges diverses. Les travaux ont lieu de 1973 à 1977. Une aile adossée à l’ancien bâtiment est tout d’abord bâtie pour que les résidents y soient transférés. Ensuite, l’ancienne maison est démolie et remplacée par une deuxième aile communiquant avec la première. Depuis des améliorations constantes ont été apportées. En 2009-2010 une extension a été ajoutée du côté de la rue Ancien Chemin de Vallergues apportant, entre autres, le confort d’un plus vaste ascenseur. L’accueil aujourd’hui est de 79 lits en chambres individuelles réparties du 1er au 5 ème étage. Les résidents ne pouvant se déplacer sont installés au 3 ème étage, médicalisé.

Chorale, Noël, Anniversaires …
L’Association et les directions successives s’emploient, depuis 1965, à apporter, par tous les moyens possibles, bien-être, confort, calme et paix aux résidents. Cela inclut une équipe médicale présente et efficace, un personnel attentif et dévoué, des fêtes et activités, des sorties, des cultes et … de la cuisine faite maison !

Les Bougainvillées en 2008 – 2010 – Extension du bâtiment
Depuis 150 ans, cette maison, d’abord ASILE ÉVANGÉLIQUE, puis MAISON ÉVANGÉLIQUE DE RETRAITE LES BOUGAINVILLÉES, a tout mis en œuvre pour apporter soins, aide, secours, réconfort spirituel, à des générations de malades, blessés ; réfugiés et personnes âgées. Partie intégrante de la ville de CANNES, elle est également un important jalon de son histoire.
L’Association LES BOUGAINVILLÉES qui gère la MAISON ÉVANGÉLIQUE DE RETRAITE est composée de membres de deux Églises Protestantes de Cannes : l’ÉGLISE PROTESTANTE ÉVANGÉLIQUE DU RIOU et l’ÉGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE. Cette Association, veille de à ce que l’administration de la Maison et le soin des résidents reposent sur les valeurs chrétiennes qui sont à l’origine de l’établissement.